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PREMIER TOMBEAU

(DES IDEES RECUES)

La Vraie, La Belle, La Poésie
Qu'en dis-tu, père Malotru ?
– C'est pas ton deux-trois mille à l'heure.
Mais c'est trop petit, mon fils
Trop ténu, P'tit cul!
C'est trop mignon, Grand con !
Mon grand, je t'explique :
Ça traîne sa tige d'herbe brisée
Celle qui vient pleurer en se grattant le bourgeon
A l'aisselle du saule blanc
En s'appuyant sur les grands yeux écarquillés
Des guimauves angéliquées, drôles et volcaniques
En se méfiant des roches qui font brûler leur dos bombé
Dans leurs relents du temps passé mal embouché.
Ça chante frais en électricité condensée et sûre
Sur la cétoine des bleuets des blés mûrs
Ou la tigelle plantule du genêt juste germé
Que le vent satyre a pris, entêté,
Pour un pistil de bouche-de-Vénus
Je te le répète : Ce truc que je trouve fin-au-bec
C'est fauve, c'est fluet
Goût du chaud et du mouillé, – mélangé – Pain et rillettes –
Tout juste né
Tout juste né
Et crevé aussi sec depuis l'début d'l'Etemité :
Des milliers de fois très courtes.
C'est la beauté vraie
Sans longueur et sans durée.
Ça n'existe qu'un moment, dont les puits de science
N'ont jamais bien réussi à mirer l'existence
Dans leur oeil noir coincé au fond des murs moussus,
Ça chatouille le bout du nez
C'est trop près des yeux, et c'est juste là, toujours
– z – à côté de l'endroit où on a regardé.
…………………………………………..
– Poétisons, père Malotru ! Laissez-vous-z-aller
Sans trop de « Mal », sans trop de « o » ou sans trop de « tru »,
C'est ça mon gars... j'y va (Et, qu'en accompagnement,
Ils m'y viennent au long, et à vau-l'eau et à vau-vent !)
Ces jours en fuite, jours vagabonds
Au goût de réglisse et de flûte.
Avec votre bâton ferré dardé dans tous les trous
De taupes, de vipères ou d'insectes gris...
Cheminez franc dans l’air séché qui fut de l'air marin
De l'air marrant, de l'air moite et vivant
Ou de l'air montagnard
Qui s'est mis sur le tard à faire des bulles à la cascade
Et des billets de cent sur la paroi de l'escalade.
Mais vous, clartés des bois marins
Veillez au grain ! Veillez au vin ! Veillez au jour latin !
Et toi, sache-le bien, mon grand chevreau à hanches plates
Ma grande biquette, qui sent le lait déjà
Qui sent déjà les enfant qu'tu auras.
Demande à droite, demande à gauche
Quand c'est-il que c'est-il donc le temps
De couper l'grain, de tirer l'vin, de casser l'pain ? ?
Sache-le bien, c'est important, comme le bord d'attaque
Du galet idéal pour ricocher sur l'eau, plate aussi. Mais
Surtout n'écoute bien qu'celui qui dit qu'il n'en sait rien.
Car il sait encore mieux et plus stable – et ça, du moins –
Que ceux qui croient qu'ils savent.
On a pour soi, La route
Et les autres, à l'auberge, te regardent passer.
Ces choses-là, si tu les as dès la naissance :
L'envie folle de marcher pour aller voir ailleurs
Si on est bien le même, avec le duvet du crâne
Rond et le zizi qui fait s'extasier les mamans
C'est important !
C'est le don ! Ah! digne d'un don que tu fus, que tu es !
C'est le don du bon Saint Glinglin
Qui attend depuis si longtemps, appuyé sur son fil d'air
Avec rien sur le derrière ni sur les reins.
Et qu'a posé à côté son pantalon : c'est un sac de noisettes
Et sa chemise à terre attend la chute des olivettes, pour
Les précieusement garder du contact des brindilles impures...
Alors mon fils, quand
La dernière torture sera tombée des grands Hauts-fournoyers
Et autres plaque-miniers en fleur,
Ce sera la fête au bois-joli d'amour
Pour la cueillette des arbres-à-bicyclettes,
Sur les gazons mamours-d'un jour,
Où iront danser galamment les grives et les voitures bises,
– Danser en klaxonnant ou en jazz-rock sifflant –
Un moment de soir fou
Plutôt court vécu, en groupe, dans l'autocar
Car l'air qui flûte amincit son sillage sage,
Et s'en va vite.
…………………………………………..
Est-ce que ce Beau-là te botte Et qu'est-ce donc,
Vieille caisse à questions,
Que le laid vilain-pas-beau ? ?
Va donc savoir pourquoi on peut trouver ça beau
Sabots ou espadrilles, la fuite des saisons avec, au cul,
Le coup de pied des thèmes éternels des Humanités mal tétées,
Coup de pied-bot qui permettra de viser plus haut,
Dans la jointure du jeu de maux.
Quoi ? dis-moi ?... : tu veux que l'on botte en premier
Les fesses de cet autre fesse-mathieu :
Le bel Automne qui sodomise le bel Eté ? Allons-y
Puisqu'il vient toujours un jour où il faut secouer l'arbre!
…………………………………………..
Le bel automne bellâtre était venu dans le village,
Jetant son fric par les portières de son carrosse
Où il riait avec des filles demi-nues
A pleines poignées, à pleins corsages...
A déshabille-que-veux-tu – Faut le dire :
L'avait toutes les options, les plus snobinardes...
L'avait des vitres teintées
Où les doigts du gardien du square tintinnabulaient
Sans plus, sans voir... se doutant, sans savoir,
Tandis que dans les chaumières, dans les villages des vallées,
Au nez des brumes, au pied des ruines,
S'entortillent les soirs clarines
Et les ricanements des odeurs de soupières.
Dans la cuisine les vents sont morts,
Le vieillard songe-creux croit que c'est lui le Fait-Tout,
Et qui fait bouillir... et qui coince-bulle... et qui vaporise !
Et tout, quoi !... Et même n'importe quoi, aussi bien,
Comme de précipiter le lait caillé
Et même de sentir fort comme un faux-mage ou un fromage!
« Oooh : Attends un peu dis-moi,
Cocher perché sur le toit de ta patache aux cent-chevaux
Avant de fouetter ton tas de rosses au creux du ventre
Dis-moi un peu... Et vite ! N'aie pas peur
Pendant que tu chauffes le moteur
En faisant gronder tous tes chevaux-vapeurs,
– Que deviennent-ils, plus loin, plus tard
Les plaisirs que les gens ont eus. Je veux dire :
Quand c'est l'heure du départ, le vrai, le brut,
Sans caresser du pied le frêle accélérateur de nos cœurs
Est-ce –.– Sont-ce... les hommes ou l'huile
Qui graissent les essieux du corbillard, Hein ?
Hein ? toi le vieux cornemuseux ? l'artiste-accordéoniste
Est-ce toi ou ton refrain qui oint, oin-oin,
Les yeux rougis des vieux amis ?
Mais alors, Bon Dieu, vieux copain,
Qui c'est qui fait gémir le chien... ? ?
Et qui l'a renfermé dedans l'écurie vide
Ou dans la cuisine kitchenette, sans raison vraie ?
Vraiment puisque je suis encore ici,
Les deux pieds sous mon derrière
Et un peu sur la terre aussi... ? !
Et pas plus mort que tes pensées d'hier, ni qu'...
… 'Ton envie de leur torcher le nez !
Qu'est-ce qu'on peut dire de vrai quand il pleut gris comme
aujourd'hui ?
Est ce du lard ou du cochon, du larmoyant ou du grisant
Dans les cuisines sombres du Comtat...
Mais quoi que c'est-il que ça ? Des mots occitanés :
Tanés d'abord. Occis après.
– Un vieux livre d'histoires – d'histoéres-à-n'y-pas-crére –
Ecoute donc, mon gars, celle de la page cornée,
L'est bien pour toi celle-là : ouais, je ricane... et après ? !
Le cinquième duc mourut, debout, cocu
Les deux pieds nus dans des sabots
La corde au cou, la crotte au cul.
Et c'est depuis ce temps que le temps est fou,
Que le temps est foutu :
Toutes les Maries-coureuses
Sous leur couette rouge (vrai moule à fesses
Et à michettes pulpeuses)
Pleurent dans leur lit,
Elles qui n'retrouveront plus
En gros manger ou entremets
Leur gentil petit marquis de Sade
Au bois coquet où il a dit d'creuser son trou
Sous les fourrés de cades-genévriers
Et qu'si jamais l'en sort un châtaignier,
S'il est noueux, ce sera comme si
Son bâton de berger-à-bergère
Avait fleuri... Ah oui...
Elles n'iront plus au bois joli
Les rescapées de l'estrapade,
Les belles salopardes, cueillir l’ortie et l'osier gris
Avec lequel, dans les replis remplis d'envies
Monsieur I'Marquis les chatouillait.
Aux racontars d'avant confesse, elles ne veulent croire
Que le marquis assassin, d'autres chats…
... Touillait au fer rouge : puisqu'il les épargna
Ou alors (osent-elles dire) des autres :
« Elles avaient fesse trop frède et plate, ces rougeaudes,
ces pâlottes,
Ce qui peut faire à l'homme le plus solide
Un transport au cerveau et le rendre homicide » –
« La triste-belle mort et vie, dit le juge
A son voisin de messe ou de temple
Sec et sobrement rutilant :
J’ai des regrets, pire que des envies,
Des tracasseries plus serrées que le tensiomètre du médecin
Pitié ! je réclame un miracle : deux-trois kilos d'indulgences
Qui me feront troquer péché de concupiscence
Contre Sainte-bouffe, rigolade ou omniscience
Je réclame un tout petit trou-du-cul de miracle
Tout simplement fait-accompli dans le tiroir du buffet :
Une obole du ciel... Un bol de riz
Sans ricaner s'il vous plait : – « ô saint Paul ! –
Etends jusqu'à moi la marque de tes doigts : Fais paraître
Cinq petits pois... au fond de la Sainte Casserole ! »
Horreur – Enfer et Damnation – Je m'interpose
J'interfère – J'accuse.
De colère ne sais si je suis en vers ou prose ! !
S'il faut briser les reins de la Sainte Rime momifiée
Pour honorer cette pétasse de contrepèterie-veau d'or
Qui pète - en soi et en suffisance dans l'à-peu-près
Alors ! !... Passe encore !
S'il faut jeu de mots bêtifiant
Pour faire bêtement s'esclaffer le vulgaire
Alors !... Passe encore ! Mais...
... Si le malandrin Malotru - et mal ailleurs, –
De même s'apprête à s'attaquer aux prêtres
Et autres prête-noms de toute religion ou philosophie béton
Alors, je dis non – et non et non ! ! ! Je n'avertirai plus !
Et que fuse l'anathème irrévocable
Depuis les vases de nuit, les sièges de ouatères,
Et autres lieux où l'Homme restitue à Nature nourricière,
Les pommes qu'Il lui a prises !
Pour un brin de crise religieuse,
Pour une affaire de foi furieuse,
Nous voilà donc fâchés!
Tout ça est bien tristounet. Malotru le raconte à son chien
Qui lui bâille au nez qu'il s'en fout, l'idolâtre de nonos et
ronflettes.
Aussi – assis dans le soir qui tombe, quoi faire d'autre ?
Quand on est vieux, Malotru et poète du temps passé ?
Alors il parle aux ombres. Ecoutons en oreilles de chouettes
Tandis qu'il referme sa braguette après avoir arrosé l'âtre :
… Ce subtil déhanchement qui faisait votre charme
A évolué, madame, de catarrheuse manière
(A « dévolué » devrais-je dire avec le ton Docteur-Soupir)
Et c'est ce qui retentit
Sur les tortillements involontaires de votre derrière.
Ne pleurez pas, ne mouchez plus, belle chandelle archaïque.
Cette plaque de plastique (– Hein, ce qu'elle est belle ? !)
Placée sous anesthésie, sera l'aide préci… eu… se
L'attelle précautionneuse, qui mènera encore
Votre démarche puce-boiteuse
D'entre le rond des chaisières jusque-z-aux
Z-aux rives des capiteux-z-arbres d'or…


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